L’Edito de Cheikh Dia, Paris
Diplômatie Française
La « Rupture sarkosienne » à l’épreuve de la Réalpolitique
« Rupture », ce mot à été prononcé comme un leitmotiv par le Candidat Nicolas Sarkosy tout au long de la campagne électorale qui a conduit à son élection à la présidence de la République Française le 06 mai 2007. Rupture avec une politique qui se caractérisait par une sorte d’immobilisme aussi bien dans la gestion des affaires intérieures qu’en matière de politique internationale. Cependant sept mois après son élection, on constate certes que des réformes sont en train d’être faites dans l’hexagone pour changer le quotidien des Français, mais en matière de politique extérieure bon nombres d’observateurs se pose encore la question : Rupture ou continuité ? Qu’en est t-il réellement ?
Droits de l’Homme et Commerce
« Le peuple Français s’est exprimé. Il a choisi de rompre. De rompre avec les idées, les habitudes et les comportements du passé ». Tels sont les mots prononcés par Nicolas Sarkosy, quelques minutes après son élection à la présidence de République française.
A plusieurs reprises Nicolas Sarkozy a affirmé que la France entendait retrouver sa vocation de « patrie des Droits de l’Homme ». La nomination de Bernard Kouchner au quai d’Orsay (Le Ministère des affaires étrangères) à été présentée comme un signe de « rupture » avec la politique étrangère menée sous Jacques Chirac. Mais ses détracteurs ont reproché à Sarkozy de vouloir faire du neuf avec du vieux, Kouchner ayant déjà occupé des postes ministériels dans des gouvernements de Gauche…
Depuis 1789, année de la Révolution française, la France se proclame à la face du monde « patrie des Droits de l’Homme ». Par contre les pères intellectuels des Droits de l’Homme, (Grotius, Locke, Spinoza…), eux n’étaient pas Français. Des textes relatifs au Droits de l’hommes comme le « Bill of Rights Anglais » de 1689 et la Déclaration d’indépendance des Etats-Unis de 1776 sont bien antérieurs à la Révolution Française.
D’aucuns se demandent si la France a toujours été le meilleur défenseur des peuples opprimés au vu de l’épisode colonial…Et certains n’ont pas hésité à reprocher au Président Français d’être en contradiction avec lui-même sur cette question des Droits de l’Homme. Ce fut le cas le 10 décembre dernier lors de la visite à Paris du Guide de la Révolution Lybiènne, le Colonel Kadhafi qualifié de terroriste par son secrétaire d’Etat au droits de l’Homme.
Pour certains observateurs, la priorité semble être données à la signature de contrats à coûts de milliards d’euros. Des contrats à hauteur de 10 milliards d’euros ont été signés avec la Lybie du colonel Kadhafi.
« La France n’est pas une balance commerciale »
Dans une interview au journal Le Parisien /Aujourd’hui en France, Rama Yade, Secrétaire d’Etat au Droits de l’Homme s’est déclarée « dérangée » que Mouammar Kadhafi arrive à Paris un jour de célébration des Droits de l’Homme. « Le colonel Kadhafi doit comprendre que notre pays n’est pas un paillasson sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s’essuyer les pieds du sang de ses forfaits. La France ne doit pas recevoir ce baiser de la mort » a-t- elle ajouté. « Je serais encore plus gênée si la diplomatie française se contente de signer des contrats commerciaux, sans exiger de lui des garanties en matière de droits de l’homme. C’est un devoir : La France n’est pas qu’une balance commerciale », a-t-elle affirmé. Selon Mme Yade, « Il serait indécent en tout cas que cette visite se résume à la signature de contrats ou d’un chèque en blanc ». Des propos qui lui ont valu d’être convoquée à l’Elysée pour se faire rappeler à l’ordre par le président Sarkozy. Il à lui-même essayé de sauver la face en affirmant qu’il à parlé de la question des Droits de l’homme au Colonel Kadhafi ; ce que le Guide Libyen a démenti en prenant le soin de faire la leçon au dirigeant Français en demandant au Français de respecter d’abord les droits des immigrés avant de parler de Droits de l’Homme.
A l’épreuve des faits, force est de constater que la France est avant tout une balance commerciale du moins si l’on en juge par les actes posés par le Président Sarkozy. Le locataire du palais de l’Elysée n’a pas jugé utile d’amener La secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme lors de son voyage en Chine. Pas moins de 20 milliards d’euros de contrats on étés signés à l’issue de cette visite au profit de quelques fleurons de l’industrie Française comme AREVA( pour les centrales Nucléaire), ALSTHOM ( pour le TGV) , et AIRBUS ( pour l’aéronautique). Le Président français a ici revêtu les habits de son prédécesseur Jacques Chirac. Sur le Tibet, Taiwan, ou les Droits de l’Homme, la France s’est alignée sur les positions de la Chine. Il ne fallait surtout pas froisser les chinois au risque de perdre ces contrats. Si ce n’est pas de la Réal politique ça y ressemble en tous cas…
Scénario quasi similaire au Maroc ou le président Français, arrive le 22 octobre, accompagné d’une forte délégation de chefs d’entreprises a signé une série de conventions et d’accords économiques évalués à 3 milliards d’euros.
Sur le dossier du Sahara Occidental, le président Sarkozy s’est aligné sur les positions du Royaume Chérifien.A Rabah, devant le Parlement marocain , il a exprimé son souhait que le Plan Marocain d’autonomie pour le Sahara occidental sous la souveraineté marocaine soit « couronné de succès », un plan que Nicolas Sarkozy à jugé « crédible et sérieux ». Des déclarations qualifiées de graves et inopportunes par le gouvernement de la République Arabe Sahraouie Démocratique ( RASD). « la France sera au cotés des opprimés du monde » disait Sarkozy au soir de son élection…A ses yeux, les Sahraoui ne sont pas des opprimés.
Que dire aussi des « chaleureuses » félicitations adrésses par Sarkosy au Président Russe Vladimir poutine à l’issue des législatives russes du 02 Décembre dernier alors que l’ensemble des dirigeants occidentaux et les observateurs dénonçait une « mascarade électoral ».
Les critiques n’ont pas manqué. En campagne, le candidat Sarkozy n’avait pas de mots assez dures pour le pouvoir Russe surtout au sujet de sa gestion de la guerre de Tchétchènie « Notre silence face aux 200 000 morts et aux 400 000 réfugiés n’est pas tenable » disait il . Il semble qu’il le soit aujourd’hui. La Réalisme politique est passé par là…En Décembre dernier Gaz de France et le Géant Russe Gazprom ont prolongé le contrat d’approvisionnement de la France en Gaz jusqu’en 2030, ce qui représente 12 milliards de mètre cube par an…
Sarko l’Américain
Sil est un sujet ou la rupture a fonctionné a fond dans la diplomatie Française, c’est dans les relations Franco Américaines.
Pour rompre avec le chiraquisme, Nicolas Sarkozy affiche ses amitiés américaines.
En Août, trois mois après son élection, il rend visite à Bush père et fils « cela fait deux cent cinquante ans que la France et les Etats-Unis sont des alliés et des amis… » D’aucuns n’hésitent pas à prédire un retour de la France au sein de l’Alliance Atlantique sous Sarkozy.
L’entré de la Turquie dans l’Union Européenne reste un autre sujet de Rupture entre le nouveau et l’ancien Président Français.
Le Président Chirac s’était déclaré favorable pour l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne, le Président Sarkosy pour sa part est contre. La Turquie selon lui n’a pas vocation à faire partie de l’Europe ; En échange il propose la création d’une Union Euro Méditerranéenne.
Quant au relation Franco africaines, le Discours de Dakar du 26 juillet dernier que certains sur l’ensemble du continent ont qualifié de décalé, rétrograde et paternaliste prouve la nécessité d’une rupture et d’un véritable changement de la manière dont l’occident en général et la France en particulier perçoit l’Afrique.



