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Wade et l’Opposition : l’histoire d’un pêcheur et d’un banc de poissons
Le président Wade accepte de recevoir l’opposition. L’annonce a été faite hier soir et diffusée par la RTS. Il est vrai que le dialogue est à la base de tout contrat social qui veut durer dans le temps, mais de quoi vont-ils parler ? Une autre question me taraude l’esprit : comment Alioune Tine a fait pour réussir cet exploit ?
Il est clair que Wade a parfaitement raison quand il dit refuser de recevoir des gens qui nient son existence. Mais il faut lui rappeler que cette opposition suit le chemin tracé par son grand-frère, ancien opposant, spécialiste de la non reconnaissance des résultats électoraux qui lui furent défavorables. Et pour la transparence de tout processus électoral, le président s’était battu avec l’opposition de l’époque jusqu’à ce que Diouf acceptât de scier la branche sur laquelle il était assis. Résultat : Alternance 2000 ! Alors, si aujourd’hui Wade refuse de dialoguer avec l’opposition qui remet en cause les résultats de février 2007, il y a un problème ! Cela voudrait dire que Diouf fut plus démocrate que lui ; donc, il a intérêt à prouver le contraire. Mais est-ce la principale raison qui explique ce changement de dernière minute ? Le président de la Raddho en est-il vraiment pour quelque chose ?
Pour la première question, je pense que non : le président Wade, dans sa tête, n’a pas besoin de se mesurer avec quelqu’un pour jauger son niveau de démocrate ! Il est né démocrate, il mourra démocrate ! Un point c’est tout !
Pour la deuxième question, il est vrai qu’Alioune Tine y est pour quelque chose mais son rôle reste minime. C’est exactement ce que le chanteur appelle « wookatt bu dejeex geestu ! » (Coïncidence entre l’appel et la réponse). Peut-on imaginer que Wade, un grand stratège, puisse faire la sourde oreille à l’opposition au moment où le sommet de l’OCI se prépare à Dakar ? C’est dans l’ordre des choses, il n’y a aucun mystère dans cette nouveauté. Wade a besoin de l’opposition pour son image de marque. Il n’est pas question que ces petits-frères viennent jouer aux trouble-fêtes ! Le voilà, donc, tel un pêcheur, en train d’attirer un banc de poisson pour le voiler avec un filet à maillage très réduit ! Avec l’OCI, l’opposition sénégalaise ne se sentira-t-elle pas obligée de jouer le jeu pour la bonne image du Sénégal ? Ainsi, le sommet pourra se tenir tranquillement sans heurts vu tous les projecteurs fixés sur ce point le plus avancé dans l’océan atlantique en Afrique.
Grâce donc aux qualités d’orateur d’Alioune Tine, président de l’ONG Raddho, doué d’un formidable pouvoir de persuasion, le président Wade serait convaincu, enfin, convaincu que c’est une excellente idée de rencontrer l’opposition. Réfléchissons ensemble ! Monsieur Tine ne devrait-il pas maintenant porter la voix unique de tout un peuple désorienté pour convaincre encore le président sur la réalité de certains problèmes tels que la paupérisation nationale galopante à l’origine de l’asphyxie dont souffre actuellement Dakar ? Ne devrait-il pas encore le convaincre de la nécessité de réduire le coût du train de vie de l’Etat ? Monsieur Gadjo, ministre des Affaires étrangères, vient de dire lors d’un débat qu’il y avait trop de ministres inutiles en Afrique. Puisqu’il n’arrive pas, en tant que ministre d’Etat, à convaincre le président Wade, il devrait peut-être faire appel au président de la Raddho !
J’anticipe sur une réaction récurrente : c’est trop facile de critiquer !
Ma réponse : Je demande juste à être convaincu comme le président Wade.
Pape Moussa Samba
sasoum2001@yahoo.fr
