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Le regard de Sasoum : le cri du peuple
Ce samedi, de ce mois de mars, revenant de l’hôtel Méridien Président( Dakar), le chauffeur qui me ramenait chez moi, mit moins de dix minutes pour relier les Mamelles et l’université Cheikh Anta Diop. Il faut dire que je fus agréablement surpris par la fluidité de la circulation sur la corniche. Honnêtement, elle m’a rappelé le réseau routier en Europe.
Je ne me suis, cependant, pas laissé emballer car je n’ai pas fait que la Corniche. L’intérieur des quartiers dakarois, les rues dakaroises sont quand même dans un piteux état, sans parler de la banlieue qui a accueilli dernièrement la génération du concret. Il est bon de savoir, que depuis 2000, le Sénégal a entamé une marche vers le sommet qui nous somme tous de faire un travail sur nous-mêmes que l’on soit gouvernant ou gouverné. Il ne s’agit pas d’Abdoulaye ou d’Abdou Karim Wade mais de la population sénégalaise tout entière, consciente de sa mission qu’elle a déjà identifiée et qu’elle doit accomplir ou trahir, qu’elle soit de l’opposition ou du pouvoir. Le Sénégal est UN et son exploit en mars 2000 en a fait, à tort ou à raison, un îlot.
On oublie, cependant, souvent de dire qu’un îlot résistera mal là où une île est menacée d’être complètement immergée ! Je l’ai souligné dans mon livre Le Président Wade ou Le Génie Solitaire (P. 86) : « Quand un océan se déchaîne, les plus grandes villes du monde sont susceptibles d’être rayées de la carte, des îles entières sont susceptibles d’être immergées. Alors, pourquoi imaginer un seul instant qu’un îlot puisse résister à une instabilité de cette envergure ? En réalité, le Sénégal n’est pas un îlot mais un rescapé, le rescapé de la sous-région. Pour cette raison, la vigilance doit y être de rigueur. Le pays n’est nullement à l’abri d’une explosion, vu la paupérisation massive des citoyens, vu les scandales inhérents aux milliards détournés qui viennent conforter les jeunes dans leur résolution d’affronter l’océan Atlantique pour se retrouver sur des côtes meilleures. »
Pourquoi j’ai souligné ce point ? Parce que l’heure n’est plus à la politique politicienne mais au vrai dialogue pour l’intérêt supérieur de la nation. La manifestation contre la fin de ce dimanche 30 mars est un signe. On connaît très bien l’effet de contamination que peut produire ce genre d’événement. Il peut, facilement, être le lieu et l’occasion de se défouler pour évacuer des préoccupations quotidiennes. Et les conséquences peuvent être désastreuses.
Il faut que les politiciens sachent que le peuple ne cherche que son bien. Il ne veut être derrière personne. Il appelle l’opposition et le pouvoir à se mettre autour d’une table pour régler ses problèmes et non pour des calculs politiques pour arriver au pouvoir ou pour le conserver. A eux, doivent se joindre les partenaires sociaux pour mieux étudier les problèmes et apporter des solutions adéquates. Pour le respect du peuple qui souffre dans le silence, encore une fois, on ne veut pas de paroles vides mais de l’action pour lui assurer un minimum vital.
Je l’ai dit et je le répète : Cette souffrance a trop duré, le temps de l’action est arrivé, les politiciens en sont très bien conscients et doivent agir en conséquence. L’exception sénégalaise n’est qu’un leurre ! Là où le Sénégal se situe, s’il doit y avoir explosion, aucune confession religieuse, aucun lobbying, aucune autorité ne pourra désamorcer la bombe. Car il s’agit d’une bombe redoutable : la bombe de la misère. Celle qui est capable de provoquer la guerre de tous contre tous. Si le peuple, lui-même, a désamorcé les bombes religieuses et ethnico-tribales, c’est parce qu’il les maîtrisait, c’est parce que celles-ci venaient de lui et qu’il avait pleinement conscience du danger qu’elles représentaient pour sa survie. Mais la bombe dont il est question, actuellement, a été fabriquée dans l’histoire et s’est sophistiquée au fil des régimes.
Le régime actuel a sa part de responsabilité dans l’exaspération de cette situation. Il doit, par conséquent, répondre aux attentes du peuple au lieu de chercher à se maintenir au pouvoir pendant un siècle. Un simple geste suffit pour stopper le compte à rebours et reprendre le cours du temps normal alors qu’il faut des décennies pour se remettre d’une catastrophe. La satisfaction devant un travail exécuté avec art, amour et perfection est de loin plus honorifique que les médailles et les prix discernés ça et là et souvent par complaisance.
Les Sénégalais veulent, dans le court terme,
un travail ;
un salaire décent ;
un minimum alimentaire ;
un accès facile aux soins ;
une éducation irréprochable pour les jeunes…
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