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NE TIREZ PAS SUR LES PIANISTES. Par Alassane Samba Diop Directeur de la redaction de RFM/Dakar
Le Sénégal est un pays curieux. Une contrée où réclamer la justice est considéré par les tenants du pouvoir comme un suprême privilège. L’alternance a décidé : les bons journalistes, les « alternancement » corrects et les mauvais, les mal-pensants de la presse. Hier victimes des exactions du régime socialiste, aujourd’hui bourreaux des populations qui luttaient avec eux pour le droit et la démocratie, les libéraux se délectent de leur gouvernance jusqu’à la lie.« La démocratie » sénégalaise si chantée n’est qu’un vernis, une cosmétique sous un régime libéral, quasi-dictatorial, subtil et froid. Organiser la mort de groupes de presse et combattre la liberté d’expression sous l’autel d’une prétendue préservation du pouvoir est fort ridicule. Et même très risqué. Dans cette bataille, des chiens de garde d’un genre nouveau, pratiquent une concurrence malsaine, déplacent le débat, tentent de divertir l’opinion. Ils sont libres de clouer au pilori le combat de la presse et même de ne pas être d’accord avec ceux qui ont décidé de se battre pour leur liberté, mais ils n’ont pas le droit d’insulter. Ou encore d’actionner l’appareil répressif d’un nouveau type comme le fisc pour asphyxier une « certaine presse » pour utiliser un terme devenu à la mode depuis que le pouvoir a déclaré la guerre aux journalistes.
Dans cette bataille pour la justice, la liberté est en jeu, nos libertés sont devenues un enjeu : « la liberté, comme disait l’autre, même si elle ne suffit à rien, rien ne vaut sans elle ».
En vérité, le malentendu entre presse et pouvoir, mais aussi d’autre part avec la nouvelle opposition, est survenu quand les tenants du pouvoir ont cru que ce sont les journalistes qui ont fait l’alternance. Grossière erreur : surveiller la véracité d’un scrutin, veiller au vote des électeurs et couper la route aux éventuels fraudeurs, quoi de plus normal dans un pays dit démocratique. L’opposition qui était naguère aux affaires pensait que les journalistes sont leurs tombeurs. Grosse erreur également. Quand la clameur est retombée et les journalistes ont continué à faire leur job, le pouvoir a mis en place une stratégie, créer des journaux pour dénigrer, insulter et traîner dans la boue tous ceux qui ont le toupet de penser autrement.
Mais entretenir des journaux et des radios cela coûte chère surtout si l’on se rend compte de l’inefficacité d’une telle opération. Conséquences, les pseudo-professionnels issus de cette « cuvée » presse du pouvoir envahissent les rédactions de certains groupes de presse. Corvéables et taillables à volonté, avec l’accord tacite de patrons de presse qui misent sur le moindre coût à la place de journalistes de qualité. Que l’on se comprenne bien nous n’avons jamais dit que les bons journalistes sont forcément sortis des écoles de formation. La formation est une nécessité à l’école ou dans les rédactions. Il y a d’excellents professionnels dans la profession. Le journalisme, c’est certes du talent mais c’est également beaucoup de travail et un apprentissage permanent.
On prête aux tenants du pouvoir une volonté de nettoyer les écuries d’augias, d’extirper de la profession, les moins diplômés. De mettre en pratique, la sortie du Président Wade traîtant certains de nullards, de sans parchemin. Le diplôme fait-il le bon journaliste ? Les critères édictés seront-ils opérants ? Les journalistes doivent laisser le pouvoir décider à leur place de l’avenir de leur profession, de leur carrière, de leur survie ? Faut-il au contraire mettre en place un tribunal des pairs ? Le comité pour la protection et la défense des journalistes ne doit-il être continuer à exister pour travailler sur des assises de la presse ? C’est dans la crise que naissent les grandes solutions. La presse est à la croisée des chemins. Les professionnels du métier doivent se pencher sur la profession mais sans pression et sans arrières-pensées. Ils ne peuvent plus faire l’économie d’une telle réflexion. C’est une question de survie. Vive la presse de mon pays. Vive la liberté



