Les présidents masqués... extraits en avant première d'un livre censuré.
Denis de Montgolfier avec Viviane Wade, le 12 janvier 2006, dans son bureau de la Présidence de la République. 2 heures après l'interview, le journaliste français a vu son domicile de Dakar surveillé par 2 Policiers des Renseignements Généraux. Ils avaient été envoyés par Viviane Wade qui avait été "intriguée" par la liberté de ton du reporter.
"Les seigneurs masqués" devaient sortir en octobre 2008 chez Stock. L'éditeur a choisit de ne pas le publier après un engagement financier et contractuel de 2 ans et demi. Aujourd'hui je rédige en entier le livre avec ce titre provisoire :
" Les présidents masqués, enquête sur 20 forfaits et autre petites tragédies africaine".
PREMIER EXTRAIT : Sénégal, naufrage du Joola et de la justice.
Le 26 septembre 2002 reste gravé dans l’histoire du Sénégal. Le navire le Joola, coule au large des côtes gambiennes, alors qu’il reliait Ziguinchor, la principale ville de la Casamance, à Dakar, entraînant 1865 passagers dans la mort. 64 personnes ont survécu, c’est le naufrage maritime le plus criminel de l’histoire. Wade dirige le pays depuis moins de 18 mois, il a une part de responsabilité dans ce drame.
C’est son gouvernement qui donne l’ordre au navire de reprendre la mer alors qu’il est en réparation. Depuis des mois des pressions économiques se faisaient plus fortes pour retrouver l’usage du seul navire transportant marchandises et hommes depuis cette région de la Casamance, grenier du Sénégal.
Pourtant le navire n’a pas terminé ses révisions, ce qui va causer son naufrage. De plus, les militaires laissent s’entasser sur le navire 4 fois le nombre de passagers réglementaires : 555 pouvaient embarquer, ils seront plus de 2000. Après le naufrage, Wade interdit tout procès, pour ne pas répondre de ses responsabilités ; seule la justice française, ouvre une instruction en 2003 pour « homicide volontaires et défaut d’assistance à personne en danger » suite au 22 décès de ses ressortissants. En septembre 2008, le juge Parisien Jean-Wilfrid Noël, délivre 9 mandats d’arrêt internationaux, dont l’un vise l’ancienne Première Ministre, Mame Madior Boye, pour son implication présumée dans le naufrage.
Après avoir écarté la justice de son pays, Wade va distribuer de l'argent aux familles pour atténuer leur douleur. Un procès aurait mis en lumière, l'accumulation des négligences et la responsabilité de leurs auteurs. Le récit, d’heure en heure, de la tragédie permet de comprendre la profondeur du ressentiment d’un peuple envers la conduite des autorités dans ce dossier.
Première anomalie, le capitaine du bateau n’est pas habilité à opérer comme commandant de bord sur un navire marchand. Au moment d’embarquer, les passagers du Joola ne se doutent de rien ; Pourtant, le gouvernement est au courant de cette entorse au règlement de la marine, puisqu’elle est notifiée dans une note stratégique sur la gestion du Joola
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La pression se fait de plus en plus forte pour demander au Président de la République de confier l’enquête à la justice et permettre ainsi l’instruction méthodique du drame. « Moi je veux porter l’affaire en justice mais je n’ai personne à poursuivre… » ose le chef de l’Etat. Le jour de Noël suivant le naufrage, il durcit le ton en affirmant qu’il n’est pas content du rapport d’enquête. La presse pose toute une série de questions sur les responsabilités des dirigeants du pays : « Pourquoi le bateau, ayant donné sa dernière position à 22 heures, aucune recherche n’a été déclenchée dès minuit ? ; comment expliquer que, d’après les différents témoignages, les équipements de secours de la marine ne soient arrivés sur les lieux du naufrage que onze heures après et sans matériel de secours ? Il a été découvert que des centaines de personnes étaient vivantes sous la coque du Joola, du fait des poches d’air, pourquoi les autorités n’ont elles pas dépêché immédiatement, par voie aérienne, des plongeurs et du matériel afin de délivrer ces personnes qui pouvaient encore être sauvées ? »
Le Président ne répond pas, mais limoge le Chef d’Etat Major de la Marine Nationale, en direct à la télévision nationale. Un autre élément met en accusation le Président Sénégalais : le lendemain du naufrage une télécopie est arrivée au parti de l’ancien Premier ministre de Wade. Ce message venait de Suède et proposait le renflouement immédiat du Joola par un navire suédois qui se trouvait au large de la Guinée Bissao. Cette proposition était assortie d’un devis précis pour l’intervention, chiffrée à mille dollars par jour. Non ! répond Wade qui avance que le navire est en train d’être renfloué
Pourtant, à ce moment, aucun ordre n’est arrivé, aucun secours n’intervient sur place. Des passagers se trouvaient peut-être encore vivants sous la coque. Ils n’auront aucune chance d’être sauvé suite à la mascarade incompréhensible d’une absence de décision. Peu après le bateau coule au fond de la mer. Un journaliste de Dakar écrit : « Gouverner, c’est prévenir. La précarité et l’absence de prévoyance dans le mode de fonctionnement et la gestion des affaires du pays font le lit de tous les risques encourus par des populations désemparées. En Réalité, cette tragédie met à nu tous les dysfonctionnements de la société sénégalaise ».
Denis de Montgolfier
A SUIVRE...